Damien Dekarz et la permaculture urbaine, l’interview (1 ère partie)

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A l’occasion du « PDC permaculture » auquel j’ai participé au jardin du château d’eau avec « la graine indocile », j’ai posé quelques questions à Damien Dekarz.

Si vous ne connaissez pas Damien Dekarz il serait temps d’aller faire un tour sur sa chaîne youtube !

C’est une mine d’or d’informations sur la permaculture et plus particulièrement sur la permaculture au jardin.

De mon côté, ça fait un bon moment que je suis sa chaîne et c’était important pour moi d’aller passer mon premier PDC à la graine indocile !


C’est avec grand plaisir que j’ai passé une quinzaine de jours à approfondir la permaculture au jardin du château d’eau et j’ai pensé que ça ferait plaisir à plus d’un.e d’entre vous si je ramenais une petite interview…

Et c’est chose faite !

Pour le moment c’est une retranscription à l’écrit mais je compte bien partager l’audio un peu plus tard (le temps que je trouve comment faire 🙂 ).

Pour moi qui ai l’habitude de travailler dans l’ombre derrière mon clavier cette interview audio fut l’occasion de sortir de ma zone de confort et je suis très heureux de partager ce moment avec vous.

Sur ce, bonne lecture !

jardin-chateau-eau-graine-indocile
Le jardin du château d’eau…


Les présentations


Fabrice : Salut.


Damien Dekarz : Salut.


Fabrice : Heu… je suis super content de d’interviewer et en même temps je suis un peu stressé, impressionné…

Je te suis depuis un bon moment…

En faite, j’ai commencé à m’intéresser à la permaculture aux alentours de 2012.
A cette époque, sur internet, je lisais quelques articles et il n’y avait pas grand sur Youtube mis à part la chaîne de « 
Permalocale« …


Damien Dekarz : Exact…


Fabrice : Ensuite, j’ai découvert tes vidéos et j’ai tout de suite adhéré à ta pédagogie et je te suis depuis tout ce temps, du coup c’est un peu stressant mais voilà c’est cool… 🙂

Heu… et bah du coup je te laisse te présenter Damien !


Damien Dekarz : Ok et bien moi je m’appelle Damien, Damien Dekarz.

Généralement les gens me connaissent par rapport aux vidéos Youtube.

Je fais pas mal de vidéo sur ma chaîne « Permaculture, Agroécologie, etc..« .
Je fais tout un tas de tuto ou juste des réflexions autour du jardinage et tout ce qui est permaculture (les énergies, etc…).

Donc les gens me connaissent surtout par ce biais là quoi.

Moi, je me considère plutôt comme un jardinier… heu… ouais… j’aime bien jardiner quoi, je suis un amoureux de la nature et j’aime bien jardiner.

Donc, je me considère comme un jardinier, voilà 🙂 !


Fabrice : Super.
Du coup moi aussi je me présente un petit peu.


Voilà, moi c’est Fabrice.
Il y a 2 ans j’ai commencé à écrire quelques articles sur un blog et comme je le disais ça fait longtemps que je m’intéresse à la permaculture.


En 2016, je n’avais pas de terrain et j’ai décidé de passer à l’action sur ma terrasse en construisant une petite serre et des jardinières en bois de palette, un lombricomposteur et j’ai ajouté plein de pots de fleurs.


Depuis, j’essaie de cultiver un peu de la graine à l’assiette…


J’aime bien jardiner moi aussi du coup !




Bon bah je vais commencer à te poser une première question.


Damien Dekarz : OK, 🙂


Fabrice : T’as récemment déménagé du sud de la France pour t’installer en Corrèze.

Quelles sont les nouvelles difficultés que tu as rencontrées ici par rapport à…


Damien Dekarz : A où j’étais avant ?


Fabrice : Oui 🙂


Damien Dekarz : Heu, bah pour le moment je trouve que c’est beaucoup plus facile en faite.

J’étais dans le sud (plus précisément dans le Var) et c’est un des départements les plus secs de France.

L’eau c’est un des éléments les plus importants et là où je suis maintenant (même si partout en France c’est de plus en plus sec), j’ai quand même plus d’eau que dans le Var.

Donc, du côté de l’eau c’est plus facile et j’ai aussi plus d’espace.



En faite dans le Var, le jardin était plus petit, etc…



Donc ici j’ai plus d’espace, plus de bâti et je trouve que j’ai plus de facilité en Corrèze que dans le Var !



Et si je devais réfléchir à des difficultés, je dirais qu’ici j’ai moins d’ensoleillement (moins d’heure de soleil) et du coup je dois adapter mes légumes (qui étaient aussi habitués à la sécheresse), à leur nouvel environnement.

Par exemple là on est mi-septembre, hier il y a eu des gelées et mes courgettes sont mortes de froid.

Ce sont de nouveaux petits problèmes que je n’avais pas avant.

Mais on va dire que si je dois peser le pour et le contre, il y a plus d’avantages maintenant à être ici quoi.


Fabrice : D’accord, super.

Et je me souviens dans tes vidéos où tu montres un peu ta maison dans le Var, on y voit qu’elle était plus ou moins connectée avec l’environnement.


Il y avait la serre qui réchauffait la maison l’hiver quand le soleil était bas et la forêt qui offrait un microclimat été comme hiver.


Du coup c’était super sympa !


Est-ce qu’en Corrèze tu comptes aussi créer des connexions entre ton habitat et l’environnement ?


Damien Dekarz : Alors, effectivement comme tout était petit dans un petit milieu, tout était très rapidement connecté (comme tu dis la serre, la maison, les arbres autour qui protègent du vent et le potager était collé et tout ça…).

Là, comme c’est plus grand et plus espacé, les connexions sont plus longues à faire.

Et heu… ouais je pense qu’à termes…



En faite sur ma maison on va refaire la toiture et une fois que ce sera fait, je vais faire courir des vignes et du kiwi sur les murs.

Je vais garder l’eau de pluie pour faire des mares et, à terme, j’aimerais qu’il y ait autant de connexions, voire plus, mais effectivement c’est plus long à mettre en place et ça ne fait qu’un an (presque 2) qu’on est là.

A terme, le rêve c’est que tout soit interconnecté et que le moindre centimètre de maison soit utile pour produire quelque chose au jardin ou récolter de l’eau.

Il y a plus de chose à faire, on attaque plein de petits trucs en même temps et avant que tout soit connecté…

Mais quand ce sera tout connecté on arrivera sur quelque chose qui sera encore plus résiliant et efficace.

En tout cas j’espère !


Permaculture urbaine


Fabrice : En tout cas pour avoir vu le jardin du château d’eau, il y a quand même de bonnes choses de faites et surtout beaucoup de choses de faites 🙂 en si peu de temps !



Y’a-t-il eu un moment où tu n’avais pas de terrain et où tu cultivais dans des pots de fleurs ou des jardins partagés ?


Damien Dekarz : Oui, j’ai vécu en ville pas mal de temps et j’avais des plantes en pots mais très très peu.

Et depuis que je m’intéresse vraiment à la permaculture et à la production alimentaire en général, j’ai toujours eu des jardins.

Mais je me suis beaucoup intéressé à la permaculture urbaine parce que je sais qu’il y a beaucoup de gens qui vivent en ville.

Et si en ville on pourrait produire ne serait-ce qu’un tout petit peu d’alimentation…

Si on a un balcon, une terrasse ou un tout petit bout d’extérieur c’est génial !

Même si on ne va pas devenir autonome au niveau alimentaire avec une terrasse de 20 m², ne serait que si l’on produit un peu de tomate, d’aromatique (basilic, persil, etc…), c’est déjà ça de gagné !

Si en plus on met un hôtel à insecte, on va protéger la biodiversité en ville.



Il y a des gens qui font de l’apiculture en ville.

Il y a aussi de plus en plus de jardins partagés, des parcs…

Ca vaut le coup, à mon avis, d’avoir une réflexion sur tous ces parcs pour les rendre plus permacols et productifs.

Donc, c’est un sujet qui m’intéresse énormément mais pour le moment je ne suis pas forcément des plus efficaces vu que j’ai accès à la terre.

J’ai d’autre chose à faire que cultiver dans des pots de fleurs mais pour moi c’est un sujet hyper important.

C’est même un sujet clé !

En ville, il y a moyen de faire de la permaculture et plus il y aura de gens qui en font et mieux ce sera.

Produire sur des petits espaces, à mon avis c’est un des trucs important que la permaculture peut permettre de faire !



🙂 je ne sais pas si j’ai bien répondu à ta question…


Je ne sais pas non plus 🙂

Et ouais, moi aussi ça me parle beaucoup et pour en revenir à mon exemple, j’habitais en ville et je m’intéressais beaucoup à la permaculture.

Je n’avais pas de terrain pour expérimenter et (la terrasse), ça a été un bon moyen pour faire mes premières expériences…

En tout cas, je pense que c’est un bon moyen pour voir si le jardinage ça vous plaît !

Et je trouve que plus j’avance, plus je me rend compte qu’en mettant en place un système plus ou moins autonome, plus j’ai de temps pour partager.

C’est ce qui m’a permis cette année de lancer un jardin partagé parce que j’ai un peu plus de temps et j’ai envie de faire davantage.



C’est un cercle vertueux…


Carrément, ça se développe de plus en plus avec les jardins partagés et en plus de produire de l’alimentation, on crée (ou en tout cas on « recrée ») du lien en ville.

En ville, il y a du monde mais les gens ne se parlent pas forcément.

Dans un jardin partagé, les gens se parlent donc c’est une façon de refaire le monde en discutant autour d’un plant de tomate qui pousse.

Je pense que c’est tout aussi important ( en plus de la production alimentaire ) de remettre du lien humain dans les villes, de faire les choses ensemble.

Ca me paraît vraiment un des trucs clés ces jardins partagés.


Ouais…

J’ai aussi l’impression qu’il y en a de plus en plus.


Les gens ont envie de jardiner et de se reparler un peu plus…


….


Et du coup, comment as-tu découvert la permaculture ?


Euh, en faite j’ai toujours été passionné par le jardinage, l’environnement, l’écologie, tout ça tout ça…

J’ai découvert le mot « permaculture » en 2009 quand ma compagne est tombée enceinte.

On a eu envie de faire un retour à la terre, de se poser quelque part et de produire notre alimentation.

Donc je me suis intéressé aux modes de culture qui étaient le plus écologique on va dire… et je suis vite tombé sur les cultures sur buttes.

Et quand on commence à tomber sur la culture sur butte il y a le mot permaculture qui arrive assez vite !

Donc au début on s’imagine que la permaculture c’est de la culture sur butte et en faite c’est bien plus grand que ça.



Mais en tout cas, ma première découverte c’était en recherchant un truc comme : « comment jardiner de façon écolo » et j’ai lu des articles, des bouquins, etc…



En tout cas c’était aux alentours des années 2009 où j’ai découvert le mot permaculture.

Mais j’avais beaucoup voyagé, en Amazonie notamment, où des gens pratiquent déjà la permaculture sans forcément connaître le mot…


Ok.

Merci.



Si tu n’avais qu’un balcon ou une terrasse, comment tu t’y prendrais pour faire du jardinage dans l’esprit « permaculture » ?


Quelles seraient tes « préférences »… ?


Déjà, je cultiverais des plantes que j’aime bien manger.

Donc je ferais probablement des tomates parce que je sais que ça pousse bien en pot et c’est un truc sympa à manger.

Et quand on les produit soit-même c’est chouette.

Et je pense que je ferais aussi pas mal d’aromatiques parce que ça n’a pas besoin de grands espaces.



J’essaierais de réfléchir à comment capter l’eau de pluie.

Tout le monde ne peut pas mais parfois on peut capter un peu d’eau de pluie avec les gouttières… ça dépend comment est agencée la terrasse…


Et il faut aussi prendre en compte le poids qu’elle peut supporter…


Exactement.

Il y a des limites de poids à ne pas dépasser (se renseigner auprès du propriétaire ou de l’architecte).

Mais je pense que je ferais des cultures en jardinières et en « cultures en lasagnes » parce que ça ne pèse pas très lourd.



Tu mets un peu de paille avec de la tonte par-dessus, ça pèse pas très lourd et ça marche bien bien en pot.

J’essayerais aussi de faire une place pour la biodiversité avec par exemple un bout de bois percé pour accueillir les abeilles solitaires et des fleurs pour les butineurs.

En tout cas, j’essayerais de « produire » aussi de la biodiversité !



En gros c’est ça quoi.

Après c’est au cas par cas car chaque lieu est unique…


Penses-tu qu’il y a des plantes mieux adaptées à la culture en pot de fleurs ?


En pot, ce que moi j’ai essayé et qui fonctionne bien c’est tout ce qui est légume feuille, la salade quoi.

Blette ça marche bien.

Tomate aussi.

Dans des grands pots on peut aussi faire courir des courges mais il faut vraiment avoir un pot plus important on va dire.

Et puis tous les aromates, basilic, thym, romarin, persil, etc…

Ca n’a pas besoin de grands espaces et la tomate pour moi c’est un classique qui marche bien en pot.

On peut même faire des tomates suspendues si on a peu de place au sol.

On fait pendre une tomate à un pot suspendu ça marche très bien.


Effectivement, optimiser la culture à la verticale c’est important.


Oui, utiliser un maximum la verticale en utilisant du grillage.
Un mur ça peut permettre de faire grimper une plante.


Et ça fait de l’ombre…

Oui, ça dépend comment c’est agencé mais effectivement on peut faire une petite tonnelle.



J’ai une question un peu technique… je sais pas si ça vaut la peine mais on va essayer, allez !


Comme tu en as parlé, j’ai essayé la culture en lasagne en pot de fleurs et ça fonctionne bien.


Ca donne un pot de fleurs « vivant » avec des vers de terre et ça pousse super bien.
Il y a quand même un problème.


C’est au niveau des mycorhizes (le réseau de champignons dans le sol).


C’est important d’en avoir.


Ca permet de mieux retenir l’eau et de faire des échanges entre les plantes, etc..
Et je me pose a question « comment faire des liens mycorhiziens entre les pots » ? (ce qui est peu probable).




Je sais que la famille des rosacées favorise un peu plus les mycorhizes que les autres familles…


En faite les mycorhizes connectent les racines de 2 façons : soit en « entourant » la racine, soit en pénétrant légèrement à l’intérieur.


Ceux qui pénètrent les racines sont dit « endomychorizes » et ce sont généralement les plantes de la famille des rosacées qui connectent avec ces champignons.


Et c’est justement la famille des fraisiers.




Du coup cette année j’ai essayé de faire courir des fraises des bois entre mes pots pour voir le résultat mais j’ai malheureusement eu quelques problèmes avec des fourmis ce qui a un peu fossé mon expérience….


Voilà, je voulais savoir ce que tu en pensais, surtout au niveau des endomychorizes.


Est-ce que tu en saurais un peu plus que moi ? (#questionpiege).


Je pense que pour qu’il y est une bonne connexion mycorhizienne, il faut quand même que ça passe par le sol.

Même si ton fraisier est connecté aux mycorhizes, il n’y a pas de sol qui relit tes pots.

Donc potentiellement, ce que je ferais pour connecter toutes mes plantes en pots, je fabriquerais une jardinière en longueur et j’y planterais tous les pots que j’ai déjà.

Et du coup ça ferait une jardinière où tout est connecté.

Mon fraisier serait connecté à ma tomate parce que c’est dans la même grande jardinière au lieu d’être en pot et séparé.

Et pour ramener les mycorhizes, j’irais en forêt pour ramener des poignées d’humus, des poignées de bois pour ensemencer tout ça et même pourquoi pas mettre une ronce sans épines avec les fraisiers.



Ouais…

Je pense que je ferais de grandes jardinières pour connecter tout ça.

Elle peut être très fine, par exemple le long de la terrasse ou le long d’un mur avec quelques planches de coffrage.

En tout cas c’est comme ça que je ferais…

En sachant bien sûr que c’est limité vu qu’on est en pot mais c’est quand même un petit plus !


Pour la suite, c’est par ici




Fabrice.

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J’espère que ça vous a donné plein d’idées et n’hésitez pas à me donner vos retours dans l’espace des commentaires.


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